Au tennis, personne ne sait combien de temps va durer la séance

Un match de rugby dure 80 minutes. Un match de tennis peut durer une heure ou plus de trois heures, selon le score, le tableau, la surface et l'adversaire. Ajoutez les séances techniques, le physique, les tournois enchaînés et les déplacements : la charge d'un joueur de tennis est difficile à lire à l'œil, et personne ne la mesure de la même façon d'un staff à l'autre.

Une enquête menée auprès de 72 professionnels de santé travaillant avec des joueurs de tennis d'élite, dans 27 pays, donne une idée de l'état des pratiques (Méndez et collègues, Journal of Sport Rehabilitation, 2023) : seule la moitié d'entre eux suivent la charge d'entraînement, et la plupart des suivis de blessures n'utilisent aucune méthode validée. Le manque de connaissances et de technologie figure parmi les freins cités.

Bonne nouvelle : pour commencer, il ne faut ni GPS ni capteur. Il faut une question posée après chaque séance, une durée, et un peu de discipline. C'est l'objet de ce guide, pensé pour un préparateur physique ou un coach qui suit entre une poignée et quelques dizaines de joueurs, en académie, en club ou en indépendant.


Joueur de tennis au service sur terre battue, vue de dessus

Le RPE de séance : la charge sans capteur

La méthode du RPE de séance (session RPE, ou sRPE) tient en une phrase : après la séance, chaque joueur donne une note d'effort perçu sur une échelle de 0 à 10 (l'échelle CR-10), et la charge est le produit de cette note par la durée en minutes.

Charge de la séance (en unités arbitraires, UA) = RPE × durée en minutes

Exemple fictif, pour fixer les idées :

SéanceDuréeRPECharge
Lundi, technique90 min5450 UA
Mardi, physique60 min7420 UA
Mercredi, match d'entraînement120 min8960 UA
Jeudi, reposn/an/a0 UA
Vendredi, technique75 min4300 UA

Charge de la semaine dans cet exemple : 2 130 UA. Ce chiffre n'a pas de sens isolé : il en prend en le comparant aux semaines précédentes du même joueur.

Pourquoi cette méthode plutôt qu'une autre ? La revue de Haddad et collègues (Frontiers in Neuroscience, 2017) a passé en revue les travaux de validation du sRPE : sur 36 études consacrées à sa validité, la méthode se montre valide et fiable dans de nombreux sports, chez les hommes et les femmes, de l'enfant à l'adulte et à différents niveaux de pratique. Elle fonctionne seule pour suivre la charge, même si certains praticiens la complètent par des mesures physiologiques comme la fréquence cardiaque.

Au tennis, elle a un avantage de fond : elle intègre la durée réelle, que personne ne contrôle, et le ressenti du joueur, qui dépend de la surface, de la chaleur et de l'adversaire. Elle s'applique de la même façon à une séance et à un match. Pour le détail de la méthode sans GPS, voir notre guide RPE sans GPS.

Trois règles pour des données exploitables :

  • Même échelle et mêmes consignes pour tous les joueurs, expliquées une fois.
  • La note est donnée par le joueur, peu après la séance, sans regarder celle des autres.
  • La durée est celle de toute la séance (ou du match), pas seulement du temps de jeu effectif.

Le wellness quotidien : ce que la charge ne dit pas

Deux joueurs avec la même charge hebdomadaire ne réagissent pas de la même façon. Le questionnaire de bien-être du matin complète donc le RPE : quatre à cinq questions notées sur une échelle courte, par exemple sommeil, fatigue, courbatures, stress, humeur. Il se remplit en quelques instants.

Ce qu'on lit, c'est l'écart du joueur par rapport à sa propre habitude, pas une note absolue. Un 3 sur 5 en sommeil est banal pour un joueur, inhabituel pour un autre. Notre guide dédié détaille les questions et leur lecture.

Les données de santé demandent des précautions : qui peut voir les réponses, combien de temps elles sont conservées. Voir notre article sur le RGPD et les données de santé.


L'ACWR au tennis : ce que disent les études

L'ACWR (acute:chronic workload ratio) compare la charge de la semaine écoulée à la charge moyenne des semaines précédentes. Son calcul est expliqué dans notre guide ACWR. Que dit la recherche en tennis ?

  • Chez des juniors, avec le sRPE. Une étude de 7 mois sur 26 joueurs juniors qui notaient leur RPE chaque jour après l'entraînement (Myers et collègues, Medicine & Science in Sports & Exercise, 2020) conclut que l'ACWR de la semaine précédente et les antécédents de blessure étaient des prédicteurs significatifs d'une blessure la semaine suivante. L'ACWR moyen des joueurs blessés était de 1,57.
  • Pour l'épaule d'adolescents. L'étude SMASH a suivi pendant 52 semaines 252 joueurs de 13 à 19 ans, initialement indemnes (Johansson et collègues, Sports Health, 2022). Chaque pic de charge supplémentaire (entraînement, match ou physique) est associé à un taux plus élevé de plaintes et de blessures à l'épaule : un rapport de risque de 1,26 par pic pour l'entraînement et les matchs.
  • Une revue de 37 études sur des joueurs de haut niveau (Amor-Salamanca et collègues, Sports, 2025) rapporte que les hausses brusques de l'ACWR (seuils de 1,3 chez les juniors et de 1,5 chez les adultes dans les études incluses) sont le facteur de risque extrinsèque le plus fort. Les blessures du membre inférieur dominent, devant le bas du dos et l'épaule.

Voilà pour la tendance. Voici maintenant les limites, qu'il faut garder en tête.

Ce que l'ACWR ne prouve pas

Un article de méthode (Impellizzeri et collègues, International Journal of Sports Physiology and Performance, 2020) va dans l'autre sens : ses auteurs concluent qu'il n'existe pas de preuve soutenant l'usage de l'ACWR dans les systèmes de gestion de la charge pour prévenir les blessures. Ils relèvent un lien causal non établi, des artefacts statistiques liés au calcul d'un ratio, et des relations incohérentes avec le risque de blessure.

Notre lecture, en tant que staff :

  • L'ACWR est un signal d'attention, pas un seuil de décision. Un chiffre élevé doit déclencher une conversation avec le joueur, pas une réduction automatique de charge.
  • Les études tennis citées sont observationnelles : un pic de charge est associé à plus de blessures, ce qui ne prouve pas qu'il les cause.
  • Les effectifs sont petits (26 joueurs pour l'étude de Myers). Ne transposez pas un seuil d'une étude à vos joueurs.
  • Une tendance sur plusieurs semaines, croisée avec le wellness et l'avis du joueur, vaut mieux qu'un ratio isolé.

Épaule, coude, dos : quand la charge devient un signal d'alerte

Le suivi de charge ne remplace pas l'examen d'un professionnel de santé. Il sert à repérer les moments où un joueur cumule des signaux : charge qui grimpe vite, sommeil dégradé, courbatures persistantes, douleur déclarée. À ce moment-là, la décision revient au kiné ou au médecin du sport, pas au tableur.

Ce que vous pouvez faire côté staff :

  1. Noter la douleur dans le wellness du matin (localisation et intensité).
  2. Rapprocher une douleur à l'épaule, au coude ou au bas du dos d'une semaine à charge élevée, sans en tirer de diagnostic.
  3. Garder une trace datée : c'est utile au professionnel de santé qui verra le joueur.

Pour la cheville, voir notre guide sur l'entorse de cheville et le retour au jeu.

Euphron ne pose aucun diagnostic et ne remplace aucun professionnel de santé.


Un protocole hebdomadaire pour un petit staff

Pas besoin d'un outil complexe pour démarrer. Voici un rythme tenable à une ou deux personnes :

  1. Chaque matin : wellness (une minute, par le joueur).
  2. Après chaque séance et chaque match : RPE du joueur, durée notée par le coach. Charge = RPE × durée.
  3. Chaque semaine (15 minutes) : total de la semaine par joueur, comparé à la moyenne des quatre semaines précédentes du même joueur.
  4. Pour les joueurs qui sortent de leur habitude : conversation avec le joueur, croisement avec le wellness, ajustement éventuel de la séance suivante, avis du kiné si douleur.
  5. Chaque mois : relire les tendances avec le programme de la saison (voir périodisation et planning et le microcycle de la semaine de match).

Pour un joueur en tournoi, la semaine peut être très inégale : comparez ce qui est comparable (semaine de tournoi avec semaine de tournoi) et ne concluez rien d'une seule semaine atypique.


Tableur ou outil dédié ?

Un tableur suffit pour un petit nombre de joueurs : une ligne par séance, une colonne par joueur, la formule RPE × durée, et un total hebdomadaire. Ses limites apparaissent quand l'effectif grandit : saisies manquantes, versions multiples du fichier, pas d'alerte, pas de vue d'ensemble du wellness et de la charge.

Un outil dédié apporte la collecte automatique, le calcul de la charge à partir du RPE, l'ACWR en moyenne roulante ou en moyenne mobile pondérée, et des alertes. Euphron calcule la charge interne à partir du RPE du joueur et l'ACWR, et propose un check-in wellness quotidien. Il est conçu pour des clubs et des équipes ; les principes de cet article restent valables dans n'importe quel sport, avec ou sans outil. Pour comparer les solutions, voir notre comparatif des logiciels de préparation physique.


Questions fréquentes

Peut-on suivre la charge d'un joueur de tennis sans GPS ni capteur ? Oui. Le RPE de séance (note d'effort de 0 à 10 multipliée par la durée en minutes) ne demande que la note du joueur et un chronomètre. La revue de Haddad et collègues (2017) la décrit comme valide et fiable dans de nombreux sports et à différents niveaux.

Qu'est-ce que l'ACWR au tennis ? C'est le rapport entre la charge de la semaine et la charge moyenne des semaines précédentes. Des études sur des juniors l'associent aux blessures, mais d'autres travaux en contestent la valeur prédictive : à utiliser comme signal d'attention, pas comme règle automatique.

Quel seuil d'ACWR ne faut-il pas dépasser ? Il n'existe pas de seuil universel. Une revue de 37 études cite 1,3 chez les juniors et 1,5 chez les adultes, mais ces valeurs ne se transposent pas telles quelles à votre effectif. Comparez chaque joueur à lui-même et croisez avec le wellness.

À partir de quel âge peut-on demander un RPE à un joueur ? Les travaux de validation du sRPE couvrent des enfants, des adolescents et des adultes. L'important est d'expliquer l'échelle simplement et de garder les mêmes consignes d'une séance à l'autre.

Que faire d'un joueur qui déclare une douleur à l'épaule ? Notez-la, rapprochez-la de la charge récente et orientez le joueur vers un professionnel de santé. Le suivi de charge n'établit aucun diagnostic.


Sources

  • Méndez DH, Policastro PO, De Oliveira Silva D. Injury Surveillance and Training Load Methods Used by Health Professionals in Tennis: An Online Multinational Survey. Journal of Sport Rehabilitation, 2023. DOI 10.1123/jsr.2022-0044
  • Haddad M, Stylianides G, Djaoui L, Dellal A, Chamari K. Session-RPE Method for Training Load Monitoring: Validity, Ecological Usefulness, and Influencing Factors. Frontiers in Neuroscience, 2017. DOI 10.3389/fnins.2017.00612
  • Myers NL, Aguilar KV, Mexicano G, Farnsworth JL, Knudson D, Kibler WB. The Acute: Chronic Workload Ratio Is Associated with Injury in Junior Tennis Players. Medicine and Science in Sports and Exercise, 2020. DOI 10.1249/mss.0000000000002215
  • Johansson F, Cools A, Gabbett T, Fernandez-Fernandez J, Skillgate E. Association Between Spikes in External Training Load and Shoulder Injuries in Competitive Adolescent Tennis Players: The SMASH Cohort Study. Sports Health, 2022. DOI 10.1177/19417381211051643
  • Amor-Salamanca MS, et al. Risk Factors and Prevention of Musculoskeletal Injuries in Adolescent and Adult High-Performance Tennis Players: A Systematic Review. Sports (Basel), 2025. DOI 10.3390/sports13100336
  • Impellizzeri FM, Tenan MS, Kempton T, Novak A, Coutts AJ. Acute:Chronic Workload Ratio: Conceptual Issues and Fundamental Pitfalls. International Journal of Sports Physiology and Performance, 2020. DOI 10.1123/ijspp.2019-0864

Euphron ne pose aucun diagnostic et ne remplace aucun professionnel de santé.