En bref : la liste change le 1er janvier, la règle de fond ne change jamais
L'Agence mondiale antidopage (AMA) a approuvé sa Liste des interdictions 2027 le 10 septembre 2026. Elle entre en vigueur le 1er janvier 2027. Chaque année, elle remplace la précédente : un traitement autorisé en 2026 peut ne plus l'être, et inversement.
Pour un staff, la nouveauté de la liste compte moins que la règle qui ne bouge pas : le sportif est responsable de tout ce qui se trouve dans son organisme, même sans intention de se doper. Cette règle, appelée responsabilité objective, s'applique du club professionnel au club amateur. Et le staff (entraîneur, préparateur physique, médecin, kiné) fait partie de l'équation : c'est lui qui conseille, prescrit, achète ou valide.
Ce guide reprend les documents officiels de l'AMA et de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Il ne remplace ni le médecin du club ni l'AFLD, et il ne contient aucun conseil médical. Euphron ne pose aucun diagnostic et ne remplace aucun professionnel de santé.
Ce qui change dans la liste 2027
L'AMA publie chaque année un résumé des principales modifications. Voici ce que celui de 2027 indique, point par point.
| Section de la liste | Ce que dit le résumé 2027 de l'AMA |
|---|---|
| Substances d'abus (introduction) | La phrase est modifiée pour préciser que les métabolites de substances d'abus doivent être pris en compte dans la gestion des résultats lorsque c'est pertinent. |
| S0. Substances non approuvées | De nombreux peptides non approuvés pour un usage humain peuvent être interdits, même s'ils ne sont pas cités. Ils sont désormais donnés en exemples, avec un appel à la plus grande prudence. |
| S4. Modulateurs hormonaux et métaboliques | Le titre de la section S4.2 est révisé. Plusieurs exemples sont ajoutés : imlunestrant, séladelpar, SLU-PP-332 et SLU-PP-915. |
| S5. Diurétiques et agents masquants | Éplérénone et finérénone sont ajoutés comme exemples. |
| S8. Cannabinoïdes | Le texte est mis à jour pour refléter les connaissances actuelles sur les effets, proches du THC, des cannabinoïdes les plus courants. Le cannabidiol (CBD) n'est pas interdit en lui-même, mais un CBD extrait de la plante peut contenir du THC, qui reste interdit. |
| S9. Glucocorticoïdes | La voie vaginale est ajoutée aux voies d'administration permises. |
Deux autres documents accompagnent la liste sur le site de l'AMA : une version avec suivi des modifications et le programme de surveillance 2027. Un staff médical qui veut l'exhaustivité lit la version avec suivi, pas seulement ce résumé.
Ce qu'il faut retenir pour un club : ces changements portent surtout sur des exemples et des précisions, pas sur le principe. Mais ils concernent des familles de produits (peptides, modulateurs métaboliques, produits au cannabidiol) que l'on trouve dans des compléments vendus en ligne : c'est une raison de plus de ne rien donner à un joueur sans validation médicale.
Qui doit demander une AUT avant de soigner un joueur ?
Une AUT (autorisation d'usage à des fins thérapeutiques) permet à un sportif de se soigner avec une substance ou une méthode interdite, quand elle est médicalement nécessaire. En France, l'AFLD l'instruit, sur sa plateforme en ligne, avec l'aide du médecin qui remplit la partie médicale.
La règle dépend du niveau du sportif :
- Niveau national : l'AUT est obligatoire avant le traitement.
- Niveau infranational (le cas de la plupart des joueurs amateurs) : l'AUT préalable n'est pas obligatoire, et l'AUT à effet rétroactif reste accessible sans condition.
Le piège, pour un staff, est de croire que le niveau national ne concerne que les pros. La délibération de l'AFLD du 19 décembre 2024 (en vigueur depuis le 1er janvier 2025) fixe la définition pour les sports collectifs :
| Sport | Compétitions concernées (délibération 2024-40) |
|---|---|
| Basketball | Championnat de France professionnel de première et seconde division masculine (Ligue nationale de basket), Ligue féminine de basketball (division 1) |
| Football | Ligue 1 et Ligue 2, Championnat de France féminin division 1 |
| Handball | Championnat de France professionnel de D1 masculine (Ligue nationale de handball), Ligue féminine de handball division 1 |
| Rugby à XV | Top 14, Pro D2, championnat fédéral séniors division Nationale |
| Rugby à XIII | Championnat de France Élite 1 |
| Volley-ball | Ligue A masculine et Ligue A féminine |
Le texte précise que le niveau national s'applique :
- aux joueurs titulaires d'un contrat de joueur professionnel conclu pour participer à l'une de ces compétitions (les contrats de joueur en formation sont exclus) ;
- aux autres joueurs, dès leur première participation effective à une rencontre de l'une de ces compétitions, jusqu'à la fin de la saison sportive en cours.
Concrètement : un jeune du centre de formation, un joueur de réserve ou un renfort amateur qui entre en jeu un week-end en Pro D2, en Nationale ou en Ligue féminine devient « de niveau national » pour le reste de la saison. S'il suit un traitement contenant une substance interdite, l'AUT est alors obligatoire. Vérifiez la définition en vigueur sur afld.fr avant chaque saison : elle est révisée par délibération.
Les délais et les pièges de l'AUT
- Délai de dépôt : en principe, le dossier complet se dépose 30 jours avant la première compétition concernée. L'AFLD dispose de 21 jours pour l'examiner à compter de l'accusé de réception.
- Une ordonnance ne suffit pas. L'AUT ne tient pas lieu de prescription, et une prescription ne tient pas lieu d'AUT.
- Une AUT expire à la fin de la période pour laquelle elle a été délivrée. Le renouvellement est à la charge du sportif : il faut déposer une nouvelle demande avant l'échéance.
- Une AUT n'est pas automatique. Le dossier est apprécié au regard de l'article D. 232-72 du code du sport, avec les pièces médicales justificatives (historique, examens, analyses, imagerie).
- Chaque pathologie fait l'objet d'une demande distincte.
Le cas des injections de glucocorticoïdes
Les glucocorticoïdes (« corticoïdes ») sont courants en médecine du sport : articulations, tendons, asthme. Selon la fiche AFLD/AMA sur le sujet, depuis le 1er janvier 2022, toute injection de glucocorticoïdes est interdite pendant la période en compétition (et seulement pendant celle-ci).
Deux points que les staffs sous-estiment :
- La période en compétition commence généralement à 23h59 la veille de la compétition. Pour un match du samedi, la période démarre le vendredi à 23h59 : une injection faite le vendredi soir est donc en compétition, alors qu'une injection du jeudi est hors compétition (avec le risque décrit ci-dessous). La fiche invite à vérifier auprès de la fédération internationale si la période diffère selon le sport.
- Une injection faite hors compétition peut encore être détectée en compétition, selon le moment et la dose : c'est la « période d'élimination », le temps entre la dernière dose et le début de la période en compétition. Dans ce cas, le sportif contrôlé peut demander une AUT rétroactive, et la fiche demande à l'athlète et à son personnel médical d'avoir un dossier médical prêt pour justifier l'injection.
Le choix du traitement et du moment relève du médecin. Le rôle du staff est de faire remonter le calendrier : quand la blessure est survenue, quand le match a lieu, ce qui a été administré.
Les compléments alimentaires : le risque que le staff contrôle le mieux
Selon l'AFLD, un complément alimentaire peut contenir des substances interdites qu'elles figurent ou non sur l'étiquette, par contamination à la production ou par pratique de fabricants peu scrupuleux. Les produits « naturels » ou « à base de plantes » ne sont pas épargnés. Ni l'AMA ni l'AFLD ne certifient de complément.
Les conséquences sont lourdes : la suspension peut aller jusqu'à 4 ans, selon la substance, le degré de faute et la violation. Si le sportif a appliqué les bons réflexes et peut le démontrer, la sanction peut être réduite, jusqu'au simple avertissement. D'où l'importance de la trace.
Les repères que donne l'AFLD :
- la norme volontaire NF EN 17444 (AFNOR), à repérer par la mention de fabrication conforme sur l'emballage (il n'existe pas de logo officiel) ;
- le programme Sport Protect (France), qui contrôle régulièrement les produits labellisés ;
- les programmes d'analyse par lots Informed Sport, NSF et la Liste de Cologne.
Avant l'achat : se demander si le produit est nécessaire, consulter un professionnel de santé (diététicien, nutritionniste), acheter en pharmacie, en magasin ou sur le site officiel du fabricant, et se méfier des promesses de résultats garantis ou des prix anormalement bas. Avant la consommation : rapprocher la composition de la liste de l'AMA et documenter la prise (photo du produit, de l'étiquette et du numéro de lot, quantités, fréquence).

Pourquoi le staff est concerné, pas seulement le joueur
L'AFLD désigne comme « personnel d'encadrement du sportif » toute personne en relation avec un sportif en compétition ou en préparation : entraîneurs, soigneurs, directeurs sportifs, agents, personnels d'équipe, officiels, personnels médicaux et paramédicaux.
Le Code mondial antidopage définit 11 violations des règles antidopage. Plusieurs ne visent pas le joueur mais son entourage : la possession, le trafic, l'administration ou la tentative d'administration à un sportif d'une substance ou méthode interdite, la complicité et l'association interdite. Le texte du glossaire de l'AFLD les nomme sans les détailler : pour le cadre juridique précis, reportez-vous aux textes en vigueur ou à un conseil spécialisé.
Pour un club, la conséquence est organisationnelle : qui valide un complément, qui conserve les ordonnances, qui connaît le calendrier des matchs au moment d'une infiltration ? Sans règle claire, tout repose sur la mémoire d'une personne.
À la licence, le staff a une autre obligation médicale : le certificat ou le questionnaire de santé, qui varie selon la fédération. Le détail pour le football, le basket, le handball et le rugby est dans notre guide certificat médical ou questionnaire de santé en 2026-2027.
Checklist pour un staff (pro ou amateur)
- Savoir qui est de niveau national dans l'effectif, en relisant la délibération AFLD en vigueur à chaque saison, y compris pour les jeunes appelés à jouer en première équipe.
- Un seul interlocuteur médical valide tout traitement. Aucun médicament, complément ou « conseil d'un ami » ne passe par le staff sans lui.
- Vérifier chaque traitement avec la liste de l'AMA (version 2027 à partir du 1er janvier 2027) avant de le donner à un joueur qui compétitionne.
- Pour un joueur de niveau national : lancer l'AUT 30 jours avant la compétition concernée, sans attendre la prescription.
- Pour une injection de glucocorticoïdes : noter la date, rapprocher du calendrier de matchs (la période en compétition commence à 23h59 la veille) et conserver le dossier médical.
- Pour les compléments : définir une règle écrite (produits conformes à la norme ou programmes ci-dessus, achat en circuit officiel), photographier étiquette et lot de chaque produit donné.
- Garder une trace datée de ces décisions, dans un outil que le staff partage, avec les règles de confidentialité des données de santé que décrit notre guide RGPD pour les clubs.
Questions fréquentes
Quand la liste des interdictions 2027 entre-t-elle en vigueur ?
Le 1er janvier 2027. Elle a été approuvée par le Comité exécutif de l'AMA le 10 septembre 2026. L'AMA publie en même temps un résumé des principales modifications, une version avec suivi et le programme de surveillance.
Un joueur amateur doit-il demander une AUT ?
Cela dépend de son niveau. Pour un sportif de niveau infranational, l'AUT préalable n'est pas obligatoire et l'AUT à effet rétroactif reste accessible sans condition. Pour un sportif de niveau national, elle est obligatoire avant le traitement. Un joueur amateur qui participe à une rencontre d'une compétition listée par l'AFLD (par exemple la Nationale en rugby) devient de niveau national jusqu'à la fin de la saison.
Une ordonnance de médecin suffit-elle ?
Non. Selon l'AFLD, l'AUT ne tient pas lieu de prescription, et une ordonnance n'est pas suffisante si une substance interdite est en jeu : le sportif doit présenter une AUT.
Peut-on être contrôlé positif à cause d'un complément alimentaire ?
Oui. Un complément peut contenir des substances interdites qui ne figurent pas sur l'étiquette. L'AFLD rappelle que le sportif est responsable de ce qui est retrouvé dans son organisme et que la suspension peut aller jusqu'à 4 ans. Prouver les bons réflexes (produit conforme à la norme, photo du lot) peut réduire la sanction.
Le CBD est-il interdit ?
Selon le résumé de l'AMA pour 2027, le cannabidiol en lui-même n'est pas interdit, mais le CBD extrait de la plante de cannabis peut contenir du THC, qui reste interdit. Un produit au CBD n'est donc pas sans risque pour un joueur testé.
Une infiltration de corticoïdes est-elle interdite ?
Depuis le 1er janvier 2022, toute injection de glucocorticoïdes est interdite pendant la période en compétition, qui commence généralement à 23h59 la veille de la compétition. Une injection faite hors compétition peut encore être détectée selon le délai et la dose, et l'AUT rétroactive est alors la voie à envisager avec le médecin.
Le staff peut-il être sanctionné ?
Le Code mondial prévoit des violations qui visent l'entourage du sportif, notamment la possession, le trafic, l'administration, la complicité et l'association interdite. Pour l'analyse d'une situation précise, rapprochez-vous de l'AFLD ou d'un conseil spécialisé.
Sources officielles
- AMA, « 2027 Prohibited List » : approbation du 10 septembre 2026, entrée en vigueur le 1er janvier 2027, résumé des principales modifications et version avec suivi (wada-ama.org).
- AFLD, « Demander une autorisation d'usage à des fins thérapeutiques (AUT) » (afld.fr).
- AFLD, « Les compléments alimentaires » (afld.fr).
- AFLD, glossaire juridique : responsabilité objective, personnel d'encadrement, violations des règles antidopage (afld.fr).
- AFLD et AMA, fiche « Injections de glucocorticoïdes » (ressources.afld.fr).
- AFLD, délibération n° 2024-40 du 19 décembre 2024 portant définition du sportif de niveau national, en vigueur le 1er janvier 2025 (afld.fr).
Cet article est informatif, à jour au 12 octobre 2026, et ne constitue ni un avis médical ni un avis juridique. Euphron ne pose aucun diagnostic et ne remplace aucun professionnel de santé. Les règles antidopage évoluent chaque année : vérifiez toujours la liste et les délibérations en vigueur sur le site de l'AMA et de l'AFLD.
